Lettre à un jeune du secondaire

Mardi 11 mai 2021,

Cher jeune du secondaire,

Je m’appelle Jean-François.

Enchanté,

Aujourd’hui, j’ai 30 ans. Les jeunes comme toi m’appellent souvent « monsieur Thibault ». La première fois que ça m’est arrivé, je dois t’avouer que ça m’a fait bizarre. C’est qu’il n’y a pas si longtemps, j’étais comme toi sur les bancs d’école et je me demandais ce que je voulais faire dans la vie.

J’avais des notes correctes, sans être un premier de classe. J’étais un élève extraverti, grouillant, parfois même dérangeant. Je portais le plus souvent des chandails de groupes heavy métal dont je t’épargne les sordides noms. J’avais une boucle de ceinture en forme de tête de mort. Tu vois le genre…

Mes professeurs devaient se demander ce que je ferais de ma vie. Plusieurs seraient stupéfaits aujourd’hui d’apprendre que je suis ingénieur, que j’ai de surcroît une maîtrise en gestion de HEC Montréal, que je travaille pour une firme d’ingénierie-conseil d’envergure internationale et que j’ai même déjà siégé sur le conseil d’administration d’une société cotée à la bourse nationale canadienne.

Lorsque j’étais en secondaire 5, je m’étais fixé un objectif : celui de devenir ingénieur. Ce but me motivait, car il me permettait d’espérer que le meilleur était à venir.

Avoir des rêves, ça paraît banal, mais ça fait une grande différence.

Quels sont tes rêves?

Je t’écris cette lettre, jeune du secondaire, car je me dis que tu ne l’as pas eu facile depuis l’année dernière. La pandémie a chamboulé ton parcours scolaire et je te comprendrais d’être globalement démotivé. Je te comprendrais aussi d’avoir pensé retarder ton entrée au cégep, voire d’avoir songé à carrément décrocher.

J’insiste cependant pour te dire une chose : le décrochage est une très mauvaise idée. À vrai dire, il revêt une avenue qui aurait bien davantage d’impacts négatifs sur ta vie que la pandémie elle-même.

Je veux également remettre certaines choses en perspectives. S’il est vrai que la pandémie a eu un effet dévastateur sur l’économie, en particulier dans des secteurs comme les arts, le divertissement, la restauration ou encore le tourisme, il y a des domaines qui ont su s’adapter mieux que d’autres aux contraintes sanitaires et qui présentent d’intéressantes perspectives de carrière.

Il me serait périlleux de tenter de discourir sur l’ensemble des professions existantes. Je ne les connais pas toutes. Je te rappelle que je ne suis pas conseiller en orientation, mais ingénieur.

Ainsi, à défaut de pouvoir t’aiguiller au sens large, permets-moi de te parler de ma profession. Qui sait, peut-être cela te donnera-t-il le goût de devenir ingénieur et, comme ce fût le cas pour moi jadis, d’envisager l’avenir avec optimisme.

Progrès et niveau de vie

J’avais 16 ans lorsque j’ai décidé de poursuivre mes études en ingénierie. J’étais fasciné par tout ce qui avait trait au secteur énergétique.

S’ils sont toujours en vie, tu prendras le temps d’appeler tes grands-parents prochainement. Tu leur demanderas à quoi ressemblait leur jeunesse. Ils te raconteront que leurs parents chauffaient leurs maisons au bois, que l’eau chaude se faisait rare, que la plupart des maisons n’avaient pas de baignoire, que l’électricité n’était pas répandue dans toutes les villes. Bref, ils te diront que les temps étaient autrement plus durs qu’aujourd’hui.

De nos jours, nous vivons, travaillons, étudions dans des bâtiments chauffés, éclairés et avec l’eau courante. Tu peux prendre une douche à l’eau chaude tous les soirs, écouter ta musique préférée au moment de ton choix sur ton téléphone cellulaire, faire tes devoirs à l’aide d’un ordinateur sur lequel un logiciel de correction grammaticale t’aidera à corriger tes fautes et j’en passe.

Le niveau de vie dont nous jouissons aujourd’hui est le fruit d’un progrès technique et technologique sans précédent dans l’épopée humaine sur Terre, progrès qui n’aurait pas été rendu possible sans la recherche scientifique, mais également sans la recherche d’applications du savoir scientifique.

La profession d’ingénieur

C’est d’ailleurs cette différence dans les fins recherchées qui distingue le scientifique de l’ingénieur. Le scientifique (au sein des sciences naturelles) cherche à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Si on simplifie à l’extrême, lorsqu’il fait une découverte, cela lui suffit, car son objectif est justement la découverte, pas l’application. L’ingénieur quant à lui utilise les connaissances scientifiques et le savoir technique pour construire des choses qui permettent d’améliorer le niveau de vie de la société. C’est ce pour quoi on dit qu’il fait des sciences dites appliquées.

L’ingénieur est donc un bâtisseur. Il fait l’étude des projets à sa charge sur les plans techniques, financiers, sociaux et environnementaux, conçoit les systèmes qui doivent être construits selon ses indications et surveille les travaux ainsi que la mise en route des systèmes qu’il a conçus. Dans le contexte d’un projet, son rôle en est donc un de cadre. En effet, l’ingénieur a des subalternes dont il doit coordonner les efforts afin de parvenir à réaliser les travaux dans les délais ainsi que les budgets prévus.

Si on prend l’exemple d’un projet de construction d’un parc éolien, l’ingénieur est chargé de faire :

  • La prospection et l’étude de préfaisabilité, c’est-à-dire l’identification et l’évaluation de plusieurs sites potentiels selon une analyse multicritères. Cette étape doit permettre d’identifier le meilleur site où développer le projet;
  • L’étude de faisabilité, c’est-à-dire l’étude détaillée permettant de conclure sur la rentabilité (ou non) du projet. Si le projet est rentable, on passe à l’étape suivante;
  • L’ingénierie détaillée, c’est-à-dire la conception des systèmes requis pour la construction du parc éolien et comprenant généralement les livrables suivants :
      • Les hypothèses de conception;
      • Les calculs détaillés;
      • Les plans et les devis des systèmes;
      • La revue de conception;
      • Le rapport final d’ingénierie.
  • La surveillance des travaux lors de la construction, afin de s’assurer que l’ingénierie détaillée préparée par lui ou ses collègues soit suivie à la lettre.

Bon, il est question ici d’un parc éolien, car c’est ce que je connais. Je travaille dans le domaine des énergies renouvelables.

Or, sache qu’il existe de multiples disciplines au sein desquelles travaillent des ingénieurs civils, mécaniques, électriques, logiciels, industriels, chimiques, biomédicaux, miniers, forestiers, etc. En réalité, il existe presque 50 disciplines du génie au Québec.

Regarde autour de toi, tu verras des ponts, des usines de production, des stations de métro, des systèmes de chauffage et de ventilation, des bâtiments de toutes grandeurs, des téléphones intelligents, des appareils électroniques… à peu près tout ce qui t’entoure, un ingénieur a travaillé à le concevoir et le construire.

Devenir ingénieur

Maintenant, si tu caresses l’idée de devenir ingénieur, il y a deux voies pour y parvenir. La première est de faire un programme préuniversitaire en sciences de la nature (2 ans), puis de faire un baccalauréat en génie (4 ans) dans la spécialité de ton choix. La deuxième est de faire un programme technique en génie (3 ans), puis de faire un baccalauréat en génie (4 ans).

Les études en génie sont réputées pour être difficiles. Je ne peux pas le nier, mais je n’ai vu personne y mettre les efforts sans parvenir à réussir. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’avoir obtenu des résultats académiques extraordinaires aux études de niveau cégep pour être admis au sein d’une faculté de génie. L’ingénierie est un domaine accessible qui laisse la chance au coureur.

Par suite de tes études, tu devras devenir membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) et compléter le programme d’accès à la profession (2 ans), un programme visant grosso modo à ce que les diplômés en génie soient supervisés par des pairs pendant une période de deux années avant d’obtenir les pleins droits d’exercice de la profession.

Salaires en génie

Côté rémunération, si tu deviens ingénieur, tu ne seras pas à plaindre.

Selon l’enquête sur la rémunération des salariés et diplômés en génie au Québec conduite par Genium360 en 2020, le salaire de base moyen d’un ingénieur est de 105 925$ par année. Le salaire de base moyen d’un finissant est quant à lui de 61 851$ annuellement.

Pour te donner une idée, la médiane des revenus des ménages québécois tourne autour de 59 000$ ou 60 000$ par année, ce qui veut dire qu’un diplômé en génie sans aucune expérience professionnelle gagne en moyenne à lui seul plus que la moitié des ménages au Québec. Ce n’est pas rien!

En guise de conclusion

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur la profession d’ingénieur, mais ma lettre est déjà longue alors qu’elle ne visait qu’à te donner espoir en l’avenir et, si cela t’intéresse, poursuivre ton apprentissage sur la profession d’ingénieur en faisant tes propres recherches.

D’ailleurs, si tu veux t’informer davantage, je te suggère de visiter les sites web des organisations suivantes, où tu trouveras une panoplie d’informations :

  • Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ)
  • Genium360
  • Association des firmes de génie-conseil (AFG) Québec

Tu peux également m’écrire par courriel (via l’onglet « Contact »). Je tenterai au meilleur de mes connaissances de répondre à tes questions.